Propulsion de MBS en tant que prince héritier: entre défis et ambitions

Alors que le monde occidental attendait le dénouement de la crise entre le Qatar et l’axe Saoudo-Emirato-Egyptien, la parution d’un nouveau décret royal annonçant une série de nominations dont celle Mohammed Ben Salmane (MBS) en tant que prince héritier remet l’Arabie Saoudite sur le devant de la scène régionale.

Selon le décret publié le 21 juin 2017 dans l’agence officielle spa, le souverain a écarté l’expérimenté Mohammed ben Nayef, et nommé le jeune prince Mohammed ben Salmane, 31ans, héritier du trône. MBS devient également vice-ministre tout en conservant ces responsabilités actuelles au ministère de la Défense. Désormais seul maitre à bord, MBS devra réorganiser les deux organes de gouvernances établis par son père suite à son intronisation :  le conseil des affaires publiques et de sécurité (dirigé par MBN) et le conseil des affaires économiquew et de développement (dirigé par MBS).

Cette décision royale, considérée comme la deuxième de cette importance depuis l’écartement de Moukrine Ben Adel Aziz, s’avère plus surprenante par son “timing” que par son ampleur. Toutefois, certains points restent à souligner :

         i) Apres l’échec de ses prédécesseurs (Saoud, Fahd et Abdallah), le Roi Salmane Ben Abdelaziz est le premier dans l’histoire du royaume à avoir réussi de positionner son fils en tant que prince héritier. Cet accomplissement, suite à la modification de l’article 5 de la loi fondamentale (al nizam al-açaçi), permet désormais de concentrer le pouvoir dans la lignée du roi Salmane

          ii) l’annulation de la position d’héritier en second, créée par le roi Abdallah en mars 2014, confère à MBS un certain degré de liberté pour la nomination du prochain prince héritier à condition que ce dernier ne fasse pas partie de la même branche directe (d’après le nouveau paragraphe b de l’article 5). Toutefois, la « Loi fondamentale » dans sa nouvelle expression, se trouve non seulement fragilisée dans son caractère immuable et donc sacré, mais également, elle inverse la hiérarchie des normes, en permettant tacitement à volonté du roi de la modifier ou non.

          iii) le passage du pouvoir de la première génération à la troisième (dans un pays ou la moyenne d’âge est près de 27 ans) causant ainsi certains incidents protocolaires (ex: le gouverneur de l’est du pays Saoud Ben Nayef se retrouve désormais sous l’autorité de son fils Abdelaziz Ben Baoud Ben Nayef ( né en 1983) désormais nouveau ministre de l’Intérieur)

 Grandeur et Décadence de Mohammed Ben Nayef

Mohammed Ben Nayef était considéré comme “un des plus pro-américains” au sein du royaume. Son avenir en tant que ministre de l’Intérieur fut préparé au travers d’une formation au sein du FBI (1985-1988) suivi par un passage à Scotland Yard dans le cadre d’une formation anti-terroriste (1992-1994) avant d’entrer en en scène en 2003 en tant qu’assistant du ministre de l’Intérieur (aux cotés de son père) à une époque où l’Arabie Saoudite était une cible d’attaques perpetuées par al Qaeda.

Il orchestra alors une campagne antiterroriste combinant à la fois une approche répressive avec celle de la “réinsertion” (ou déradicalisation) dans des centres portant d’ailleurs toujours son prénom. Cet engagement dans en matière de lutte contre le terrorisme lui a valu non seulement le titre de “prince of counterterrorism” aux yeux des Américains mais aussi quatre tentatives d’assassinat entre 2004 et 2009 dont la plus fameuse fut orchestrée par le yéménite Abdullah Hassan el Assiri, qui s’est fait exploser près de lui après s’être introduit dans le palais en tant que “djihadiste repenti”.

Après sa nomination en tant que prince héritier le 29 avril 2015, MBN avait subi plusieurs mesures visant à réduire son périmètre d’influence. Toutefois, l’insistance de ce dernier à rester à la tête de ces responsabilités jusqu’a la publication du décret royal (MBN comptait effectuer une visite officielle en Irak après avoir reçu le premier ministre Abbadi) se basait sur deux facteurs : i) l’appui interne au sein du royaume et plus particulièrement des branches familiales opposés au roi Salmane ii) son statut de favori auprès des décideurs américains

Les défis du futur roi

La propulsion de MBS en tant que prince héritier est le fruit d’une série de victoires  remportées depuis qu’il est sur le devant de la scène. Le jeune prince a gagné son pari de vouloir changer l’image de son royaume au travers d’une stratégie de communication visant à faire oublier le rôle des institutions religieuses au profit du volet économique notamment au travers de la vision 2030 dont il fut le parrain. Ainsi, MBS s’est entouré par de nombreux technocrates ainsi que par le cabinet américain de conseil McKinsey (ce dernier est à l’origine de la reforme du travail au Bahreïn- souvent cité en tant qu’exemple dans la région) avec pour objectif de “saoudiser” l’économie. Ceci dans un contexte où le déficit budgétaire est chiffré à près de 89 milliards d’euros en 2015 (près de 16% du PIB) et un taux de chômage avoisinant les 12% touchant en particulier les moins de 25 ans (soit près de 50% de la population).

Au niveau régional, la première personne à féliciter MBS fut le prince héritier d’Abou Dhabi Mohammed ben Zayed. Ce dernier n’a pas hésité à promouvoir l’image de MBS auprès des décideurs U.S d’après les emails de l’ambassadeur émirati à Washington Youssef al Otaiba. Cependant, si la relation entre l’Arabie saoudite et son voisin émirati ne peut que de s’améliorer, l’arrivée de MBS au pouvoir risque d’aggraver les tensions avec le voisin iranien. Lors d’une recentre intervention télévisée, MBS n’hésita pas à employer des menaces à l’encontre de la puissance chiite

« Nous savons que le but du régime iranien est d’atteindre le point focal des musulmans (La Mecque) et nous n’attendrons pas que le combat se déroule à l’intérieur de l’Arabie saoudite », a menacé le vice-prince héritier saoudien ajoutant qu’il ferait en sorte que la bataille se déroule « chez eux, en Iran ».

La résultante de ces déclarations est que le royaume d’Arabie Saoudite, dopé par l’arrivée d’une nouvelle génération au pouvoir, la mise en place d’un axe regional comprenant les voisins émirati et égyptien ainsi que d’un parapluie américain obtenu grâce à une série d’accords militaires et commerciaux valant près de 380 milliards de dollars, risque de mener le containment, voire l’affrontement contre son voisin perse et ce, sur la totalité du territoire composant le “croissant chiite” et qui s’étale de l’Iran jusqu’au Liban sans oublier l’abscès purulent yéménite.

 

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