Propulsion de MBS en tant que prince héritier: entre défis et ambitions

Alors que le monde occidental attendait le dénouement de la crise entre le Qatar et l’axe Saoudo-Emirato-Egyptien, la parution d’un nouveau décret royal annonçant une série de nominations dont celle Mohammed Ben Salmane (MBS) en tant que prince héritier remet l’Arabie Saoudite sur le devant de la scène régionale.

Selon le décret publié le 21 juin 2017 dans l’agence officielle spa, le souverain a écarté l’expérimenté Mohammed ben Nayef, et nommé le jeune prince Mohammed ben Salmane, 31ans, héritier du trône. MBS devient également vice-ministre tout en conservant ces responsabilités actuelles au ministère de la Défense. Désormais seul maitre à bord, MBS devra réorganiser les deux organes de gouvernances établis par son père suite à son intronisation :  le conseil des affaires publiques et de sécurité (dirigé par MBN) et le conseil des affaires économiquew et de développement (dirigé par MBS).

Cette décision royale, considérée comme la deuxième de cette importance depuis l’écartement de Moukrine Ben Adel Aziz, s’avère plus surprenante par son “timing” que par son ampleur. Toutefois, certains points restent à souligner :

         i) Apres l’échec de ses prédécesseurs (Saoud, Fahd et Abdallah), le Roi Salmane Ben Abdelaziz est le premier dans l’histoire du royaume à avoir réussi de positionner son fils en tant que prince héritier. Cet accomplissement, suite à la modification de l’article 5 de la loi fondamentale (al nizam al-açaçi), permet désormais de concentrer le pouvoir dans la lignée du roi Salmane

          ii) l’annulation de la position d’héritier en second, créée par le roi Abdallah en mars 2014, confère à MBS un certain degré de liberté pour la nomination du prochain prince héritier à condition que ce dernier ne fasse pas partie de la même branche directe (d’après le nouveau paragraphe b de l’article 5). Toutefois, la « Loi fondamentale » dans sa nouvelle expression, se trouve non seulement fragilisée dans son caractère immuable et donc sacré, mais également, elle inverse la hiérarchie des normes, en permettant tacitement à volonté du roi de la modifier ou non.

          iii) le passage du pouvoir de la première génération à la troisième (dans un pays ou la moyenne d’âge est près de 27 ans) causant ainsi certains incidents protocolaires (ex: le gouverneur de l’est du pays Saoud Ben Nayef se retrouve désormais sous l’autorité de son fils Abdelaziz Ben Baoud Ben Nayef ( né en 1983) désormais nouveau ministre de l’Intérieur)

 Grandeur et Décadence de Mohammed Ben Nayef

Mohammed Ben Nayef était considéré comme “un des plus pro-américains” au sein du royaume. Son avenir en tant que ministre de l’Intérieur fut préparé au travers d’une formation au sein du FBI (1985-1988) suivi par un passage à Scotland Yard dans le cadre d’une formation anti-terroriste (1992-1994) avant d’entrer en en scène en 2003 en tant qu’assistant du ministre de l’Intérieur (aux cotés de son père) à une époque où l’Arabie Saoudite était une cible d’attaques perpetuées par al Qaeda.

Il orchestra alors une campagne antiterroriste combinant à la fois une approche répressive avec celle de la “réinsertion” (ou déradicalisation) dans des centres portant d’ailleurs toujours son prénom. Cet engagement dans en matière de lutte contre le terrorisme lui a valu non seulement le titre de “prince of counterterrorism” aux yeux des Américains mais aussi quatre tentatives d’assassinat entre 2004 et 2009 dont la plus fameuse fut orchestrée par le yéménite Abdullah Hassan el Assiri, qui s’est fait exploser près de lui après s’être introduit dans le palais en tant que “djihadiste repenti”.

Après sa nomination en tant que prince héritier le 29 avril 2015, MBN avait subi plusieurs mesures visant à réduire son périmètre d’influence. Toutefois, l’insistance de ce dernier à rester à la tête de ces responsabilités jusqu’a la publication du décret royal (MBN comptait effectuer une visite officielle en Irak après avoir reçu le premier ministre Abbadi) se basait sur deux facteurs : i) l’appui interne au sein du royaume et plus particulièrement des branches familiales opposés au roi Salmane ii) son statut de favori auprès des décideurs américains

Les défis du futur roi

La propulsion de MBS en tant que prince héritier est le fruit d’une série de victoires  remportées depuis qu’il est sur le devant de la scène. Le jeune prince a gagné son pari de vouloir changer l’image de son royaume au travers d’une stratégie de communication visant à faire oublier le rôle des institutions religieuses au profit du volet économique notamment au travers de la vision 2030 dont il fut le parrain. Ainsi, MBS s’est entouré par de nombreux technocrates ainsi que par le cabinet américain de conseil McKinsey (ce dernier est à l’origine de la reforme du travail au Bahreïn- souvent cité en tant qu’exemple dans la région) avec pour objectif de “saoudiser” l’économie. Ceci dans un contexte où le déficit budgétaire est chiffré à près de 89 milliards d’euros en 2015 (près de 16% du PIB) et un taux de chômage avoisinant les 12% touchant en particulier les moins de 25 ans (soit près de 50% de la population).

Au niveau régional, la première personne à féliciter MBS fut le prince héritier d’Abou Dhabi Mohammed ben Zayed. Ce dernier n’a pas hésité à promouvoir l’image de MBS auprès des décideurs U.S d’après les emails de l’ambassadeur émirati à Washington Youssef al Otaiba. Cependant, si la relation entre l’Arabie saoudite et son voisin émirati ne peut que de s’améliorer, l’arrivée de MBS au pouvoir risque d’aggraver les tensions avec le voisin iranien. Lors d’une recentre intervention télévisée, MBS n’hésita pas à employer des menaces à l’encontre de la puissance chiite

« Nous savons que le but du régime iranien est d’atteindre le point focal des musulmans (La Mecque) et nous n’attendrons pas que le combat se déroule à l’intérieur de l’Arabie saoudite », a menacé le vice-prince héritier saoudien ajoutant qu’il ferait en sorte que la bataille se déroule « chez eux, en Iran ».

La résultante de ces déclarations est que le royaume d’Arabie Saoudite, dopé par l’arrivée d’une nouvelle génération au pouvoir, la mise en place d’un axe regional comprenant les voisins émirati et égyptien ainsi que d’un parapluie américain obtenu grâce à une série d’accords militaires et commerciaux valant près de 380 milliards de dollars, risque de mener le containment, voire l’affrontement contre son voisin perse et ce, sur la totalité du territoire composant le “croissant chiite” et qui s’étale de l’Iran jusqu’au Liban sans oublier l’abscès purulent yéménite.

 

The Syrian/Israeli incident: the tale of two stories

On march 17th, Israeli Defense Forces released on their official twitter account “overnight, IAF aircraft struck several targets in Syria and were fired upon by anti-aircraft missiles”. This statement was considered “unusual” due to the fact that IDF’s common policy consisted in remaining silent when carrying out airstrikes in Syria with the aim of preventing high-value weaponry (sophisticated SAM systems, anti-ship missiles or even ballistic missiles such as 4th gen Fateh-110) from crossing the Syrian-Lebanese border into Hezbollah’s hands. The only acknowledged and announced IDF actions concerned retaliations in response from incoming fire on the Syrian-Israeli border.

Today’s statement made no mention of retaliatory measures yet it mentioned that airstrikes were conducted against Hezbollah’s strategic assets in Syria’s Homs district, not far from the recently freed Palmyra, recently liberated by the Syrian army’s fifth legion with a backing from Russia.

Later on, Israeli media reported that the Arrow/Hetz system, a joint air defense program funded and produced by Israel (IAI) and the United States (Boeing), intercepted an S-200 (Code named by NATO as the SA-5) Surface-to-Air Missile. Israeli Home Front alarm sounded throughout the southern environs of Jerusalem and the Jordan valley while pieces of the arrow 2 rocket were found in Jordan.

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The S-200 system (up) vs the Arrow-3 system (down)

The Syrian Ministry of Defense acknowledged, in its turn, the airstrike on one of its military sites in eastern Homs, adding that Syrian air defenses (most probably S-200 missiles) managed to shoot down an aircraft over the occupied territories, damaged another and forced the rest to flee. This claim was later on denied by Israel

In this clash, qualified as the most serious between both countries in several years, both stories are quite confusing and inconsistent. Therefore, a number of questions have to be asked and some hypotheses are to be considered: First, the raid’s location is a clear violation of the Putin-Netanyahu’s secret agreement concerning IDF’s code of conduct against Hezbollah-destined weapons convoys. The raid’s location, quite distant from the Lebanese border, is quite uncommon especially that a Syrian SSRC’s production plant, where long-range missiles destined for Hezbollah are produced, is located near Damascus. Therefore, the claim of targeting high-value weaponry is to be questioned without undermining the elimination of a high-value target.

Second, the use of the Arrow system is also to be questioned especially that it is not made to intercept SAMs. Such Anti-air systems aren’t stored in the system’s database, which is supposed to automatically track trajectories and predict impact point of incoming missiles before engaging the ballistic missile. This may be inefficient against an S-200 missile since once fired, the missile disengages with its attached boosters to create 5 unpredictable targets. Consequently, there is no point of engaging the Arrow system beside for demonstration purposes.

The third and final issue concerns the shoot down of an aircraft by the Syrian air defense. The scenario remains plausible if we took into consideration the fact that the Israelis F-16 were escorted by drones, primary for ISR missions, in a similar way to what happened during Operation Mole Cricket 19. Back then, a squadron of Tadiran Mastiff and IAI scout drones were used to confuse Syrian SAM systems located near the Beqaa valley in 1982. Otherwise, these claims are to be seriously questioned.

Regardless of the chosen assumption, this new incident marks a new chapter in the regional confrontation. Shortly after Netanyahu’s visit to Moscow, The Israelis broke the previously drawn red line with Russia, a major regional actor providing direct military assistance to the Syrian government, thus indicating their will to counter the Iranian influence in Syria regardless of the outcome even if it leads to an interference in the Russia-US air space agreement in Syria. On the other side, the choice of countering the Israeli aggression for the first time in the Syrian conflict cannot be only considered from a sole Syrian perspective. On the contrary, it marks a regional choice made by Assad and his allies from Teheran to Beirut, in what it is sometimes called the Shiite crescent, thus showing the capability to escalate even after six years of conflict.

Will the Joint Rostec/UAE agreement jeopardize future F-35/Rafale negotiations?

IDEX’s 2017 didn’t only establish itself among world’s major defense related events but also witnessed the signature of a joint agreement between Russian firm Rostec and the UAE ministry of defense aimed at developing and producing a light fifth generation aircraft based on the MiG-29 airframe (MiG previously developed its project 1.44 before its cancellation in the 2000s) . Under this agreement, Russia is set to provide the UAE with fifth generation technologies in order to be produced locally in partnership with UAE defense firms.

The agreement, described as “completely different than other defense deals signed between the UAE and the west”, revealed an Emirati intent of establishing itself as a major aerospace and defense pole in the MENA region. This goal, primarily driven by a desire of breaking from an oil-dependent economy, would be reached through a major shift in defense procurement strategies in a way that takes into consideration major technology transfers and the establishment of an infrastructure capable of building robust, highly technological products independently of foreign manufacturers.

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MiG’s cancelled project 1.44 

Around the world defense offset programs have been a serious source of criticism due to inconsistencies in generating economic value. however, it can be done with the right incentives in places for the various participants: exporting countries usually want to preserve jobs, contractors want to maintain control of intellectual properties while on the other side, exporting countries want to remove barriers to building industrial ecosystems-improving prepared human capital pools, and ancillary services- to take care of the opportunity.

From a Russian perspective, Russian Aircraft Cooperation MiG was reported working on another fifth generation aircraft, according to deputy prime minister Dimitri Rogozin, aimed at replacing old MiG-29 variants as well as complementing Sukhoi’s PAK-FA. therefore, the signature of such an agreement would be essentially viewed as an opportunity especially from a financial point of view since it would significantly reduce research and development costs in a way that resembles the agreement signed with India last year.

However, with a fleet comprised in its culmination of 80 F-16 E/F Block 60 “Desert Falcons” and approximately 60 upgraded Mirage 2000-9, the agreement seems to be at odds with the interests of other major defense producing nations primarily the United States and France. The Emirati ministry of defense is reportedly negotiating with Dassault Aviation in order to be the next Rafale operator in the MENA region (post 2018-timeframe) while the United Arab Emirates Air Force is rumored to be the second Middle East operator of the Joint Strike Fighter following the integration of the 3F software (post 2021 timeframe). Consequently, political interference may not be dismissed at this stage to prevent this agreement form turning to reality in a similar way that previously occurred in the 90s when the UAE was about to procure a trust vectoring version of the SU-35 (publicly known as the SU-37) before finally deciding to procure Lockheed’s F-16.

La reconstruction: deuxième phase de la contre insurgence pour le gouvernement syrien.

Avec la libération d’Alep, le gouvernement syrien finalise un de ses objectifs stratégiques: sécuriser la “Syrie utile”. Cet objectif, dont les prémisses dataient de 2012 avec la reprise militaire des regions autour de la capitale Damas, ne fut possible sans un appui de l’axe Russo-Iranien dont la consolidation a pu d’une part, pallier le manque en hommes et en force de frappe de de l’armée syrienne causée par son erosion depuis le debut de la crise. D’autre part, l’appui politique de cet axe mené par la partie d’échec du president Vladimir poutine a pu conduire à un changement de camp de certaines puissances régionales notamment celui de la Turquie d’Erdogan (Ce dernier n’a pas hésité a condamner la coalition dirigée par les Etats Unis de fournir de l’aide a Daesh) avec laquelle un cessez-le feu général est en cours d’application dans l’ensemble du pays (certaines factions telle que Jaysh el Islam ou encore Ahrar el Sham ont accepté de signer).

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Carte de la situation militaire actuelle en Syrie. Source: Institute for the Study of War

Si la bataille d’Alep annonce la fin des operations militaires majeures sur le sol syrien (cela ne nie pas la prise de certaines regions villes comme Palmyre ou encore la vallée de barda afin de sécuriser la source majeure d’eau potable de la capitale), une deuxième phase se profile devant le gouvernement syrien qui est celle de la reconstruction.

Estimé à plus de 180 milliards de dollars (d’après une estimation de la banque mondiale datant de mi-2016), le marché de la reconstruction syrienne attire déjà la convoitise des entreprises occidentales (dès 2013, l’ambassadeur français au Liban déclarait que les entreprises françaises guettaient les opportunités économiques présentes au sein du voisin levantin).  Pour le gouvernement syrien, cette phase constitue un veritable chantier dans sa compagne de contre-insurrection dans un contexte semblable a celui dont a fait face les forces Américaines suite à l’occupation de l’Irak.

L’exemple majeur montrant l’importance de la reintroduction des travaux publics dans le cadre d’une campagne de contre insurrection est celui du concept SWET (Sewage, Water, Electricity, Trash collection) mis en place à Sadr City par le général Peter Chiralli dans un contexte d’affrontements sectaires entre milices Shiites et sunnites. Ce concept, permettant de restaurer l’infrastructure de la ville a l’aide d’ouvriers locaux avait conduit, durant sa période d’application, à une diminution significative de la violence à Sadr city (avant que le general Casey et l’ambassadeur John Negroponte decident d’allouer ces fonds vers l’entrainement de l’armée Irakienne).

Ainsi, il serait dans l’interêt du gouvernement syrien de profiter du cessez le feu afin de commencer, à l’aide des alliés régionaux ainsi qu’aux ouvriers locaux, dans la restauration des infrastructures publiques dans un premier temps dans sa zone d’influence avant de généraliser le processus dans l’ensemble du territoire syrien (certainement avec un appui arabe et international suite à la reconciliation politique). Ceci rajoutera certainement une carte supplémentaire dans les futures négociations politiques avec l’opposition tout en profitant de l’appui de l’axe Russo-Iranien dont l’efficacité fut questionnée par Washington dans le passé.

Comment bouleverser le secteur de la defense Américaine en 140 caractères: le cas de Donald Trump et du F-35

le 22 décembre dernier, le président élu Donald Trump bouleverse le secteur de l’aéronautique et de la défense américaine en publiant sur son compte twitter sa requête envers le constructeur Boeing ayant pour but de développer une version comparable au F-35 basée sur l’actuel F-18 Super Hornet.

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Ce coup dur au programme du F-35 vient au moment ou le constructeur Lockheed Martin négocie avec le gouvernement Américain une dixième tranche du programme et qui inclut quelques 90 appareils destinés à l’US Air force et aux forces alliées pour une valeur de 7.2 milliards de dollars. Ceci vient se rajouter à la decision du canada d’abandonner provisoirement l’achat de l’avion au profit d’une solution intérimaire consistant en l’achat de 18 Super Hornets. Trump avait rencontré le même jour le patron de Boeing le patron de Boeing, Dennis Muillenburg, qui avait reçu les memes critiques après que le prix de l’avion présidentiel le Air Force One avait dépassé le cap des 4 milliards de dollars.

Les capacités opérationnelles du F-35 

Bien qu’il souffre de plusieurs failles opérationnelles, comme l’incapacité de gagner un affrontement Air-Air rapproché face à des avions de 4e generation, le Joint Strike Fighter est avant tout destiné à être un “first strike aircraft” ayant pour mission de neutraliser l’ensemble des systems antiaériens ennemis dans un environnement “contesté” (A2/AD) comme cela figure dans la doctrine Air-Sea battle destinée à contrer la menace chinoise en Asie du Sud-Est. Ceci grace à une architecture qui se focalise avant tout sur la furtivité et sur des systèmes électroniques embarqués (comme l’explique le recours de l’US Air Force à deployer le F-22 raptor en Syrie il y a près de deux ans).

Aircraft F-18 F-35A
equipage F/A-18E:1, F/A-18F: 2 1
Poids  (vide) 21,320 Kg 13,199kg
poids (maximal) 29,937 Kg 22,470kg
vitesse mach 1,8 mach 1.6
Portée 2,346 km less than 2.220 km
plafond 15,000 + 18,288 m
RCS estimés 1 m2 0.005
armement Canons: 1× canon rotatif M61A2 vulcan avec 412 cartouches]

Hardpoints: 11 au total: 2× au bout des ailes, 6× sous les ailes, et 3× sous le fuselage avec une capacité totale de 8,050 kg

Canons: 1 × canon rotatif interne de general dynamics avec 180 cartouches

Hardpoints: 6 × pylones externes avec une capacité de 6,800 kgs et deux emplacements internes avec une capacités de 1,360 kgs avec une capacité  totale de 8,100 kgs

Prix par unité $98.4 million $102.1 million


les implications de cette decision sur le secteur de l’A&D aux Etats-Unis

Pour Boeing, cette decision représente une aubaine pour son secteur defense. En effet, ces lignes de fabrications pour des avions de combats du type F-15 et F-18 sont uniquement dépendantes des commandes à l’export ( comme la commande canadienne de 18 F-18 ou encore la commande du kuwait pour 28 autres). les seules commandes fournies a l’US Air Force consistent principalement en des P-8 Poseidon pour l’ASW ou encore le KC-46A pegasus (qui a remporté la fameuse guerre des ravitailleurs contre le KC-30 d’airbus) qui connait a son tour son lot de problèmes techniques. la seule competition sur laquelle le constructeur s’appuie en ce moment est celle de l’avion d’entrainement T-X ou Boeing s’est allié a SAAB pour proposer son modèle

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Par ailleurs le constructeur n’a pas tardé à réagir sur twitter en exprimant la volonté de travailler avec la future administration Trump afin de répondre aux besoin de l’armée américaine. le modèle comparable pourrait bien consister en une version améliorée de l’actuel F-18 surnommée Advanced Super Hornet dont le prototype fut proposé en 2013.

A son tour, Lockheed Martin réagit sur deux fronts: le premier à travers un tweet de son CEO mentionnant une discussion avec le president élu durant laquelle le constructeur s’est engagé a baisser “agressivement”le prix du F-35 ( actuellement évalué à 102.1 millions de dollars pour le F-35A) . le second front sera forcement via Capitol Hill ou le constructeur n’hésitera pas a mobiliser son lot de sous-traitants repartis sur l’ensemble du territoire Américain ( plus de 1,300 fournisseurs dans 45 états) afin de contrecarrer aux pressions de la nouvelle administration.

Enfin il est necessaire de s’interroger sur l’intention réelle de Trump a travers ce tweet: est ce une réelle proposition afin de maintenir les compétences des deux constructeurs en ce qui concerne la fabrication d’avions de combats? Ou encore de mettre la pression d’avantage sur Lockheed Martin afin de négocier plus agressivement le prix du JSF à un moment où le programme à encore besoin de près de 500 millions de dollars afin de poursuivre les essais en vol. Quelque soit la nature de ces intentions, la bataille à Capitol Hill risque d’être intense entre les deux constructeurs.

Le revers indien : une première conséquence du “Scorpene Leak”

Le ministère de la défense indienne vient d’abandonner ces plans d’achat de trois sous -marins supplémentaires de classe Scorpène. Cette annonce se présente une semaine après le rejet du ministère des finances de l’offre de DCNS visant à créer une filiale destinée à développer la technologie AIP (Air Independent Propulsion) sous prétexte que cette dernière n’était pas considérée “moderne” (comme le stipule la loi FDI indienne pour tout investissement étranger supérieur a 49%) tout en indiquant qu’elle est en cours de développement avec la DRDO. Néanmoins, l’ensemble de ces annonces ne sont que des conséquences d’une campagne ciblée d’intelligence économique offensive visant à freiner l’expansion que connait le groupe français à l’international suite aux succès rencontrés.

 Un petit rappel des faits s’impose : le 25 aout, le quotidien “The Australian” annonce sa détention de quelque 22,400 pages détaillant les capacités de combats des sous-marins Scorpène en cours de conception pour la marine indienne et dont des variantes ont été acquises par la Malaisie, le Chili ainsi que le Brésil à partir de 2018. Ces documents détaillent le niveau de bruit émis par les sous marins à différentes vitesses, sa portée, les fréquences utilisés, des informations sur les équipements électromagnétiques et infrarouge ainsi que des indications sur les endroits ou l’équipage pourrait communiquer tout en évitant une détection par l’ennemi.

Que cette fuite soit d’origine humaine, comme le clame “The Australian” avec la thèse de l’ancien officier de marine française sous traitant de DCNS, ou le résultat d’une guerre cybernétique (dans un contexte ou un officier de la DGSE révélait le piratage des ordinateurs de l’Elysée en 2012). Or, ces révélations portent atteinte à la réputation internationale du groupe tout en profitant aux concurrents.

D’un côté l’allemand TKMS, en quête de nouveaux contrats à l’international et principal concurrent de DCNS pour le futur appel d’offres en Norvège, n’a toujours pas digéré sa défaite sur le marché australien (pour lequel il s’est joint au consortium japonais Mitsubishi Kawasaki). Ainsi, le timing de ces révélations est parfait pour remettre en cause le choix de Canberra. D’un autre coté, la fuite pourrait aussi profiter à des pays qui voudront freiner le succès que connaît les industries d’armement françaises à l’export notamment en Asie du sud-Est où la croissance militaire et économique chinoise a poussé l’ensemble des pays de la région à augmenter leurs dépenses militaires. En conséquence, l’intervention du concurrent américain ayant tout intérêt à discréditer l’industrie de défense française n’est pas à exclure : En Inde, Lockheed Martin a proposé une fabrication locale d’une variante du F-16 sous la bannière du « Make in India » en même temps que les négociations peinent à être concrétisées avec Dassault aviation.  De même, ces fuites pourraient contraindre les autorités australiennes à revoir leur choix au cas où Lockheed Martin et Raytheon, censés équiper les sous marins australiens de systèmes de combat, refusent de collaborer avec DCNS dans l’intégration du système surtout que des précédentes craintes liées à la protection des données ont été signalées.

Pour l’instant, le groupe français a pu « colmater les brèches » à travers une série d’actions. La dernière en date a contraint « The Australian » à stopper ces publications et retirer les documents déjà diffusés. Néanmoins, des actions plus concrètes sont demandées de la part du groupe et les enjeux sont importants : coté export le Scorpène de DCNS se retrouve face au U214 de TKMS pour un marché norvégien évalué entre 3 et 4 milliards de dollars. Ceci sans oublier les dégâts collatéraux auxquels le groupe peut être exposé si la furtivité de ces sous marins s’avère être compromise.

De toute façon, les conséquences du « Scorpene Leak » sont encore à prévoir et ça risque d’être un autre cas d’école en matière d’intelligence économique.

 

KNDS: une opportunité à saisir lors du déplacement de MBS?

Après Washington, le deuxième prince héritier saoudien, deuxième vice-Premier ministre et ministre de la défense, Mohammad Ben Salman Ben Abdelaziz est attendu à Paris le 27 juin. Cette visite en france, en stand-by depuis plusieurs semaines (note MESP du 8 juin), comporte plusieurs défis pour l’industrie de défense française dans un contexte ou (i) MBS a exprimé sa volonté de substituer la relation existante avec la société française ODAS par un autre modèle par l’intermédiaire de la Direction générale de l’armement (DGA) (ii) la multitude de contrats en cours de renégociation dont l’ancien contrat DONAS rebaptisé SFM (Saudi Fransi Military) contract. A ce sujet, une visite effectuée fin-mai par une délégation menée par le général Ahmad AL Assiri, conseiller spécial de MBS, ne put pas effectuer d’avancées notables (Intelligence Online Numéro 761).

Coté français, l’arrivée de MBS fut précédée de deux annonces : (i) la nomination de François Gouyette, précédemment en Tunisie et aux Emirats Arabes Unis, à la tète de l’ambassade française en Riad succédant ainsi à Bertrand Besancenot (ii) la nomination d’une nouvelle administration à la tête d’ODAS. A ce titre, le vice amiral d’escadre Marin Gillier, directeur de la coopération de sécurité et de défense (DCSD) du ministre des affaires étrangères depuis 2013 semble être favori.

Coté industriel, le dévoilement de la nouvelle identité commerciale KNDS, issue du rassemblement entre les deux géants de l’armement terrestre KMW et Nexter, peut s’avérer comme une opportunité. En effet, même si l’Arabie saoudite a exprimé son désintérêt vis à vis du char léopard 2 suite a une opposition politique allemande. Néanmoins, ceci ne cache pas une volonté saoudienne très forte de vouloir remplacer une partie de son matériel militaire terrestre vu la piètre performance des M-1 Abrams lors de la campagne militaire menée contre les rebelles Houthis et, ce, contrairement aux chars Leclerc déployés par les Emiratis (dont certains équipés du kit Azur). En conséquence, l’émergence du groupe franco allemand permet ainsi de « contourner » la volonté politique et permet de repositionner en force l’offre des léopard 2 malgré une concurrence assez sérieuse de la part des turcs (le char Altay) et les russes dont le T-90 démontre de très bonnes performances en Syrie.